Les maux du dos sont des mots d’amour…

 

— Mon dos m’a parlé cette nuit.

— Qu’est-ce que tu racontes ?

— Mon dos a voulu me dire quelque chose.

Alice s’étire, remue ses orteils, son dos à elle roupille encore, bien au chaud dans les draps  froissés. Elle a faim Alice, l’odeur de son homme là, toute proche.

— Arrête de dire des conneries et viens me faire un câlin.

Marc s’assoit contre la tête de lit, il se masse le bas du dos.

— J’ai mal, là, tout en bas des lombaires. C’est comme si mon dos me répétait toujours la même chose, ça me lance.

Alice soupire, fixe le plafond.

— Toi et tes bobos, tu me saoules !

— Tu, vois, c’est comme ça qu’il me cause, que des petits mots blessants, des piqûres de guêpe !

Alice enlève délicatement le drap de sur son corps, écarte un peu ses jambes, la peau blanche et le ventre tendu d’Alice se détachent de la pénombre de la chambre.

— J’ai un bon moyen de faire taire les bavards, c’est mieux que les boules quiès mon chérie.

Marc sent une éruption de lave lui chauffer le bas ventre. Il a faim lui aussi, il se penche vers sa femme.

— Aie !

Il reste figé au dessus de la poitrine offerte.

— Qu’est-ce que tu fais ?

— Je crois que je me suis coincé le dos pour de bon.

— Fais chier !

Alice boude. Marc s’appuie de nouveau péniblement contre la tête de lit.

— Je te remercie de ta sollicitude.

— Quand je pense qu’on aurait pu passer un bon moment et toi, tu…

— J’y crois pas, ça va être ma faute en plus.

Alice se tourne, remet ses draps sur elle, se roule en boule.

— J’ai plus envie, voilà ! t’es content !

Marc est subjugué par le manque de compassion de son épouse, il contemple la tête aux cheveux défaits, il a envie d’y mettre la main dedans mais se retient. Il se demande depuis quand il n’a pas mis la main dans les cheveux d’Alice. Il avance la main vers les boucles blondes quand une douleur violente se déclenche au dessus de l’omoplate.

— Ahhh !

La voix d’Alice, acide le coupe net.

— Tu gémis comme une femme.

— Je viens d’avoir une pointe à l’omoplate !

— T’as l’intention de faire le tour du propriétaire toute la matinée ?

— Ce n’est pas toi en tout cas qui va le faire !

Alice se retourne, tape sur la cuisse de son mari.

— Qu’est-ce que tu insinues par là ?

— Que… que tu ne me caresses plus, tu ne me regardes plus, tu te contentes d’ouvrir les cuisses et de prendre ton pied.

— Je…Tu…je…Mais…

Alice ouvre des grands yeux pour distinguer les traits de son mari.

— Mais si, je te fais bien des trucs quand…

— Quand je te le demande et je vois bien que ça te déplait. Tu ne m’aimes plus Alice, c’est juste devenu hygiénique entre nous.

— C’est vrai ! D’ailleurs toi aussi, tu ne me caresses pas beaucoup.

— Je le fais plus depuis que tu as cessé de me caresser.

Les deux amants se regardent, les bruits de la rue en contrebas leur arrivent, étouffés.

Alice s’assoit contre la tête de lui, tire le drap sur son buste.

— J’arrive pas à voir quand ça a commencé.

— Quoi ?

— Ce truc de ne plus se toucher, d’être passé en mode vidange, remplissage, vidange.

Marc se mord les lèvres, il cherche lui aussi.

— Je crois que c’est depuis que tu as accepté ce nouveau boulot.

— Celui de vendeuse ?

— Oui

Alice réfléchit, cherche une réponse dans le mur d’en face.

— Je vois pas le rapport.

Marc se tord, remue sa tête, la douleur est remontée de son Omoplate vers la base de son crâne.

— Je crois que j’ai..j’ai du mal à ce que tu aies ton indépendance financière.

Alice se tourne brusquement vers lui.

— C’est trop con ! Tu m’as toujours laissée faire ce que je voulais avec les sous du compte joint.

Marc baisse la tête.

— Je sais… mais là, c’est pas pareil, j’ai…

— T’as l’impression d’avoir perdu ton rôle de mâle ramenant les sous à la maison, c’est ça ?

Marc répond dans un souffle.

— Oui.

— Et peut-être qu’au fond de toi, tu as peur de me perdre parce que tu as perdu ta fonction de protecteur de la famille ?

— C’est horrible, j’ai l’impression que tu lis dans ma tête.

Alice laisse tomber le drap qui dévoile sa poitrine et sa gorge. Marc avale sa salive. Elle caresse tendrement la joue de son homme.

— C’est vrai que c’est sacrément bon les caresses, on a tant besoin.

Marc se penche vers sa femme et prend le temps d’explorer du bout des doigts et de la langue la pointe de ses seins qu’il n’a jamais vus aussi beaux, aussi pleins, aussi généreux. Alice en riant le repousse gentiment.

— Hé mon loup ! Tu n’aurais pas quelque chose à me dire ?

Marc ne comprend pas.

— Non, je crois que les gestes valent mieux que les paroles.

— Tu n’as plus l’air d’avoir mal au dos ?

Marc se redresse, surpris.

— Ah ! Oui, t’as raison, je ne ressens plus rien. Tu crois que…?

— Oui Marc, je commence à le croire moi aussi. Ton dos, c’est un sacré bout en train. Il faut croire qu’il y a des maux du dos qui sont des mots d’amour déguisés et…

Alice n’a pas eu le temps d’en dire plus, l’amour de sa vie s’est jetée sur elle et la dévore de la tête aux pieds. Les mots d’amour attendront leur tour, ceux de la passion ont pris le dessus.